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jeudi 18 octobre 2012

L'Embellie, Audur Ava Olafsdottir


Présentation de l'éditeur
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

Avis
Ayant eu un coup de cœur pour Rosa Candida, précédent livre de l’auteure, j’attendais avec impatience ce nouveau titre, même si la crainte d’être déçue était bien présente. On retrouve cependant bien le style d’Audur Ava Olafsdottir, qui nous passionne en nous racontant des histoires de la vie de tous les jours. Il ne se passe rien d’extraordinaire dans ce livre, et pourtant on en redemande. Nous sommes dans un roman très réaliste qui nous montre l’évolution de deux personnes, petit à petit. Les relations avec les autres personnes sont peu développées mais on en comprend largement assez, on voit bien qu’elles sont limitées, alors à quoi bon en écrire des pages ?

Comme dans Rosa Candida, on est en présence de héros « normaux », ils ne sont pas plus forts que la moyenne, pas plus intelligents, ils ont des caractéristiques comme tout le monde. Le petit garçon, qui est handicapé, est absolument adorable, attachant, en un mot : irrésistible. On part dans un « road-book » comme dans Rosa Candida, et l’on voyage à travers l’Islande. Entre rires et larmes, ce livre nous touche, nous émeut, on en voudrait davantage. N’hésitez pas à découvrir ce superbe roman.

Maintenant que ce deuxième roman est fini, une seule autre demande : à quand le troisième ? 


mercredi 5 septembre 2012

Chapardeuse, Rebecca Makkai


Sélectionné pour le Prix America

Titre : Chapardeuse
Auteur : Rebecca Makkai
Editeur : Gallimard
Date de parution : Août 2012
Prix : 21 €

Présentation de l'éditeur
Lucy, célibataire pas encore trentenaire, est bibliothécaire dans une petite ville perdue du Middle West. Ian, dix ans, fils unique de chrétiens fondamentalistes homophobes, est son plus fidèle lecteur. Un beau matin, elle le découvre sur son lieu de travail réfugié parmi les livres. Contre toute attente, elle ne va pas le ramener tout de suite à ses parents. Ensemble, ils vont parcourir plusieurs Etats de cette Amérique post-11-Septembre.

Pour ce gamin rêveur, c'est la découverte du vaste monde ; pour elle, l'occasion de s'interroger sur ses origines russes, le déracinement de ses ancêtres et leurs aspirations à plus de liberté. Rebecca Makkai signe ici un premier roman humaniste et original en forme de road-book. Une balade épique et onirique qui décortique les traumatismes d'une nation faite d'immigrants, de fugueurs et de chapardeurs d'identités.

Avis


Rebecca Makkai signe ici son premier roman qui nous emmène à travers l’Amérique grâce à deux personnages assez différents l’un de l’autre. Lucy, l’adulte, bibliothécaire jeunesse de 26 ans se retrouve « kidnappée » par Ian, enfant de 10 ans, passionné de lecture et soupçonné d’être homosexuel par ses parents.

Les parents de Ian sont des chrétiens fondamentalistes homophobes, ainsi il est hors de question que leur fils ne soit pas hétéro et il est conduit chaque semaine dans un stage de réadaptation avec le pasteur Bob. Si Ian ne comprend pas trop ce qu’il en est, ne semble pas plus perturbé que cela, il l’est en revanche davantage quand sa mère lui interdit de nombreuses lectures. Ainsi, il lui est impossible de lire Harry Potter, Bilbo le Hobbit et tout autre livre contenant ou évoquant des magiciens, des sorciers ou autres. Il ne peut lire que des romans parlant de la religion. Or, cela se révèle assez limité. Loin d’être sans ressources, le petit garçon se débrouille pour obtenir des romans qui lui plaisent de la part de Lucy, en cachette.

La vie continue ainsi jusqu’à ce matin, où Lucy tombe sur le petit garçon dans la bibliothèque. Enfermé pour la nuit au sein de l’établissement, il s’est caché et « kidnappe » la bibliothécaire. S’en suit un magnifique « road-book » à travers les Etats-Unis. On comprend pourquoi Lucy ne ramène pas Ian chez lui, on aborde de nombreuses questions annexes : l’histoire de la Russie, les relations familiales, l’homosexualité, la vision de cette homosexualité dans une partie des Etats-Unis. Bref un roman ancré dans son époque qui la décrit merveilleusement bien. Les personnages sont attachants, drôles. On aimerait que le voyage dure plus longtemps.

Le style de Rebecca Makkai nous emmène à travers la société américaine tout en nous faisant réfléchir à notre tour. Comment aurions-nous réagit face à ce petit garçon ?

Il s’agit certainement d’un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire. A conseiller.