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samedi 20 juillet 2013

Inside, Alix Ohlin


Présentation de l'éditeur
Psychothérapeute de talent à Montréal, Grace tombe par hasard, alors qu’elle skie pour se changer les idées, sur le corps inanimé d'un homme qui vient de faire une tentative de suicide. Elle n’hésite pas à secourir ce mystérieux inconnu mais réalise très vite que ses sentiments pour lui ne sont pas aussi simples qu’elle veut bien l’admettre. Se remettant tant bien que mal d’un divorce douloureux, Grace se sent irrésistiblement attirée par cet homme qui semble cacher tant de choses… 
Entre-temps, une de ses patientes, Anne, une adolescente troublée qui vient d’avorter, s’enfuit à New York pour faire du théâtre. Quand elle trouve, quelques années plus tard, une jeune fugueuse enceinte réfugiée dans le hall de son immeuble, Anne ne peut s’empêcher de la recueillir chez elle. Pour le meilleur et pour le pire… 
Mitch, thérapeute à la dérive – et ex-mari de Grace –, fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve. Il quitte la femme dont il est amoureux et part en mission dans une communauté en difficulté de la région arctique. Á son retour, une vieille amie lui apprend que Grace a été victime d’un accident de voiture. Immobilisée, cette dernière a besoin d’aide, notamment pour s’occuper de sa petite fille. Peut-on renouer des liens après dix ans d’absence? 
Á l’intérieur se déroule sur une décennie, nous promenant de Montréal à New York en passant par Hollywood et le Rwanda. Ce roman nous offre une fresque intimiste qui touche par sa justesse et sa sensibilité. 
Á travers ces différentes destinées cahotées, Alix Ohlin s’interroge sur notre identité, sur ces failles sur lesquelles chacun de nous se construit malgré tout, jour après jour, envers et contre tout. Répétitions, échos, variations : qui sommes-nous réellement à l’intérieur?

Avis
Encore un roman de la rentrée littéraire 2013, premier roman à nouveau et ne faisons pas durer le suspense, coup de cœur à nouveau ! 

Dans Inside, nous suivons quatre personnages tous liés par Grace, à des époques et dans des lieux différents. Nous allons donc voir la vie de Grace à Montréal en 1996, celle de Mitch à Montréal en 2006, celle d’Anne à New York en 2002 et celle de Tug au Rwanda en 1994. Tout est lié, tout est amené de façon très intelligente, très aboutie. Les personnages sont touchants chacun à leur manière. 

Grace est une psychothérapeute qui vit donc à Montréal et qui est passionnée par le ski, alors qu’elle est justement en train de skier elle tombe sur le corps inanimé de Tug, qui vient de tenter de suicider. C’est ainsi que débute le roman et que nous découvrons deux de nos personnages principaux. Le point de vue de Grace est intéressant, elle est au cœur du livre car elle connaît tous les intervenants principaux. Cela étant, on comprend qu’il doit être compliqué de vivre avec elle, vu le nombre de questions qu’elle semble poser ! 

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Anne, que l’on découvre en 1996 avant de la croiser en 2002 lorsqu’elle nous raconte sa vie. Elle est un peu « en dehors » d’elle-même, elle semble se laisser porter par la vie sans réellement avoir de prise sur elle, sans chercher à en avoir. Je l’ai trouvée vraiment intéressante dans sa relation avec Hilary, une jeune fugueuse qu’elle accueille. A la fois touchante et agaçante, côtés que l’on retrouve lors de ses castings et de sa vie d’actrice. J’aurai aimé savoir ce qu’elle devenait ensuite. 

Grâce à Mitch, nous connaissons la vie des personnages un peu plus tard, nous découvrons Grace 10 ans après son récit, Tug 12 ans plus tard … C’est très agréable de voir leur évolution, de voir ce qu’ils sont devenus. D’autant que la narration a choisi de mêler chapitre par chapitre toutes les époques, ainsi nous apprenons au fur et à mesure les différentes histoires qui se mettent en place, tout en connaissant déjà la fin pour certaines ! 

Une fresque très juste qui résonne en nous, nous montrant différentes facettes d’une même personne, nous décrivant le chaos qui peut arriver dans une vie et la possibilité de le surmonter …

Un coup de cœur … Voilà qui va être difficile de choisir pour qui voter pour le prix America !!

Quelques mots sur l'auteur

Photo credit: Emma Dodge Hanson
Alix Ohlin est née et a grandi à Montréal. Elle vit aujourd'hui à Easton en Pennsylvanie et enseigne au Lafayette College ainsi qu'au sein du Warren Wilson MFA Program for Writer. Elle est l'auteur de deux romans et de deux recueils de nouvelles.
Inside est son premier roman traduit en français. (Gallimard)

mercredi 10 juillet 2013

L'autre côté des docks, Ivy Pochoda

Attention, sortie prévue le 12 septembre 2013


Présentation de l'éditeur
June et Val, deux amies adolescentes, habitent à Brooklyn. Un soir d'été, elles vont s'aventurer sur les docks malfamés et décider de monter à bord d'un canot pour observer la ville depuis l'East River. Depuis la rive, un jeune Noir, Cree, voit qu'elles sont entraînées par les courants. Val sera retrouvée inconsciente le lendemain, mais June a disparu. Une enquête est ouverte.

Avis
Avec L’autre côté des docks, nous découvrons, nous pénétrons Brooklyn dans la vie de tous les jours et plus précisément Red Hook, au sud du quartier. Dans ce front de mer cohabitent les habitants des cités et les quartiers résidentiels. On y rencontre des jeunes désemparés, des adultes qui cherchent à s’oublier, qui tentent de s’en sortir … 

Mais surtout, on rencontre Val et sa copine June. Tout commence grâce à elles et leur aventure d’aller sur l’eau avec un canot pneumatique rose. Seulement, seule Val est retrouvée le lendemain. La disparition de June va nous permettre de mieux connaître ce quartier, les vieilles rancoeurs qui persistent, le racisme latent, la drogue, l’alcool. 

Un roman à l’ambiance assez noire et pourtant en refermant le livre, je sens une bouffée optimiste. On se laisse totalement attendrir par les personnages, qui nous sont vite attachants. La ronde de personnages secondaires est assez importante mais nous permet d’aborder un grand panel de vies différentes et d’histoires possibles au sein de ce quartier. Tous se croisent, sans forcément se connaître. 

L’écriture nous emporte totalement, nous fait vivre leurs émotions, leurs peurs, leurs envies, leurs désespoirs … J’ai eu un coup de cœur pour le personnage de Cree, jeune homme noir, habitant dans la cité dont le père, gardien de prison, a été tué lorsqu’il était jeune et dont la mère passe son temps sur le banc face à la scène de crime, à parler à son esprit. Un jeune homme qui n’ose pas vivre réellement sa vie, coincé entre ses envies et sa famille. L'écriture est crue, très imagée, elle nous décrit parfaitement les gestes, les actions, nous permettant de visualiser les scènes.

"Coucher avec Lil n'avait rien eu d'extraordinaire, une de ces erreurs de fin de soirée que Jonathan n'arrive toujours pas à éviter. Leur accouplement chaotique lui a fait penser à un champ de courses : les santiags de Lil claquaient sur le sol, la main de Jonathan giflait le flan épais de sa partenaire qui, une fois l'effort passé, avait poussé un hennissement épuisé." 

J’ai trouvé la fresque poétique, envoûtante, les pages passent trop vite, le temps aussi. Un côté magique à ces vies pourtant bien sombres. On aborde la justice américaine et les raccourcis trop rapides : un crime = un coupable noir à trouver. J’ai trouvé la question du racisme très présente tout comme la question de la culpabilité. Être emprisonné, jugé coupable tout en étant innocent, être empli d’un sentiment de culpabilité par rapport à des gestes, des mots … Elle est donc là sous plusieurs formes. La spiritualité nous apparaît également au cours du roman, à la fois par la religion mais aussi par rapport à l’après mort, au langage avec les esprits … 

Un roman très riche, très émouvant … 

Une belle découverte ! 

Décidément, la rentrée littéraire 2013 s’annonce sous les meilleures auspices !

Quelques mots sur l'auteur


Née à Brooklyn, elle grandit dans une maison pleine de livres. Elle publie sa première nouvelle en 2009 "The Art of Disappearing". Elle vit désormais à Los Angeles avec son mari.

vendredi 5 juillet 2013

Kinderzimmer, Valentine Goby

Attention, parution prévue pour le 21 août 2013


Présentation de l'éditeur
“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Avis
J’ai reçu Kinderzimmer il y a quelques jours et j’étais impatiente de découvrir le nouveau roman de Valentine Goby, que j’avais connu grâce à Banquises, qui m’avait beaucoup plu. 

Je suis ainsi entrée dans l’histoire de Mila, jeune femme qui vient d’être débarqué au camp de concentration de Ravensbrück, en 1944. Ca pourrait être l’histoire de n’importe quelle femme, rien que dans ce camp, elles sont 40 000. Pourtant Mila est enceinte de trois mois lors de son arrivée, elle ne connaît rien de ces choses, n’ayant jamais été éduquée à ce propos et ne sait donc pas comment se déroule une grossesse. C’est donc sous un œil naïf que nous vivons les évènements. Elle cherche d’autres femmes comme elle qui serait visible dans le camp et n’en trouve pas… Alors se pose la question de ce qu’il advient des femmes enceintes, des nourrissons, est-elle seule sur 40 000 ? Cela semble absurde. 

Nous finissons alors par découvrir la Kinderzimmer et son lot d’horreur, d’amour, d’humanité. Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler toute l’histoire … 

J’ai beaucoup aimé ce livre, Mila est une jeune femme naïve, attachante, forte, on s’inquiète pour elle, on éprouve ses joies … Je n’ai pas été déçue de ce premier livre de la rentrée littéraire 2013 que j’ai pu découvrir, et j’espère continuer d’autres belles découvertes. 

Les personnages sont décrits d’une telle façon, qu’on s’attend à les rencontrer au coin de la rue, on voit l’horreur des camps de concentration et surtout comment les nouvelles de l’extérieur arrivent à parvenir à leurs oreilles, les fausses joies, les rumeurs, les envies, les rêves, l’espoir … On vit l’intérieur du camp d’une façon originale, du moins je n’avais jamais lu sur les camps par une femme enceinte et cela donne une nouvelle vision je trouve. 

On retrouve le style fluide de Valentine Goby qui nous emmène où elle veut, comme elle veut. On la suit avide de connaître la suite, de découvrir le destin de cette femme, le destin des femmes autour d’elle, car au fond, on connaît déjà l’histoire avec un grand H, on sait déjà comment cela finit. Mais on a besoin de savoir comment elles vont finir … L’horreur est là, on la ressent et pourtant on vit l’espoir de ces femmes, la solidarité, on ferme le livre, en souhaitant qu’il y ait davantage de pages …

Quelques mots sur Valentine Goby


Valentine Goby est une écrivaine française née à Grasse en 1974.

Après des études à Sciences Po, elle a vécu trois ans en Asie, à Hanoï et à Manille, où elle a travaillé pour des associations humanitaires auprès d'enfants des rues. Elle a démarré sa carrière professionnelle chez Accenture où elle a travaillé de 1999 à 2001. Elle n'a jamais cessé d'écrire, et publie son premier roman en 2002 chez Gallimard : La Note sensible. Elle devient enseignante en lettres et en théâtre, métier qu'elle exerce en collège durant huit années avant de se consacrer entièrement à l'écriture, et à de multiples projets autour des livres : ateliers, rencontres, conférences, résidences d'écritures en milieu scolaire, en médiathèque, à l'université.

Valentine Goby est lauréate de la Fondation Hachette, bourse jeunes écrivains 2002 et a reçu le prix Méditerranée des Jeunes, le prix du premier roman de l'université d'Artois, le prix Palissy et le prix René-Fallet en 2003. Elle a depuis reçu de multiples récompenses pour chacun de ses romans, en littérature générale et en littérature jeunesse. (Source)